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Cubières sur Cinoble
-11190-


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l'histoire de BELIBASTE d'après G. LANGLOIS
sa
fuite à MORELLA
Son arrestation
à propos de son crime
Sa Généalogie
les actes d'Antoine Rocque
dans son Inventaire des archives de l’archevêché de Narbonne 
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Un criminel devenu parfait
Guilhem
Bélibaste naît vers 1280 à Cubières, un village du Razès (Aude). Sa
famille, des paysans aisés, est totalement acquise au catharisme. A
Cubières, les Bélibaste reçoivent de nombreux parfaits de marque comme
Pierre Autier et Philippe d’Alayrac. Les frères de Guilhem, bergers,
accompagnent même fréquemment certains de ces parfaits dans leurs tournées
clandestines. En effet, malgré les efforts de l’église catholique depuis
presque un siècle pour éliminer l’hérésie cathare, celle-ci est encore
bien vivace et se développe même à nouveau en Ariège et en Razès grâce à
la prédication des frères Autier.
Malgré ces antécédents
familiaux, ce n’est pas par vocation que Guilhem Bélibaste entre dans les
ordres, mais un peu par hasard. Vers 1305-1306 au cours d’une rixe il tue
un berger de Villerouge-Termenès.Une procédure judiciaire est lancée
contre lui. L’archevêque de Narbonne, seigneur de Villerouge et de
Cubières le reconnaît coupable et confisque ses biens. Pour sauver sa
peau, Bélibaste abandonne sa femme, son fils, et rentre dans la
clandestinité auprès des parfaits cathares. Pour sauver son âme et par
pénitence, il doit rentrer dans les ordres. Il est initié et ordonné
parfait à Rabastens (Tarn) par Philippe d’Alayrac. Mais les deux
compagnons sont arrêtés et enfermés dans la sinistre prison de l’Inquisition
de Carcassonne : le Mur. Ils parviennent cependant en 1309 à s’en échapper
et se réfugient en Catalogne dans le comté d’Ampurias. Quand Philippe d’Alayrac
retourne dans le royaume de France exercer son ministère, Bélibaste, moins
courageux, préfère ne pas l’accompagner. Bien lui en prend car peu de
temps après, il apprend l’arrestation et la mort sur le bûcher de son
ancien compagnon.
Fuyant l’insécurité, il
s’éloigne par étapes de la frontière où il risque d’être reconnu et
arrêté. Par précaution il change aussi de nom : il se fait appeler Pierre
Penchenier, nom inspiré de son nouveau métier, fabricant de peignes de
tisserands. Il se loue aussi parfois pour des travaux saisonniers dans les
vignes ou travaille comme berger près de Poblet avec son ami Pierre
Maury..
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Morella |
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L’imparfait
cathare de Morella
En 1314 il se fixe à Morella,
dans le royaume de Valence. En effet, dans le village voisin de San Matéo
vit une petite communauté de cathares occitans en exil, pour la plupart
originaires de Montaillou (Ariège), et dont il devient le pasteur. Au sein
de cette communauté il abuse parfois de son autorité spirituelle,
notamment avec son ami Pierre Maury trop généreux : Ce dernier raconte :
" Comme nous avions acheté en indivision, Bélibaste et moi, six brebis,
dont j’avais entièrement payé le prix (et je lui avait donné en outre cinq
sous), l’hérétique voulut emmener avec lui trois brebis sur ces six,
disant qu’elles étaient à lui, et que je lui avais donné l’argent de ces
brebis et les cinq sous pour l’amour de Dieu. ". Pour donner le change aux
catholiques, il fait croire qu’il est marié en vivant avec une veuve,
Raimonde Marti, et sa fille. En réalité Raimonde Marti est sa concubine
depuis plusieurs années et tombe enceinte en 1320. Pour donner le change
cette fois-ci aux cathares, car il a rompu son voeu de chasteté, il la
marie à son ami Pierre Maury qui endosse la paternité, puis, jaloux,
défait ce mariage.
Cependant, il prend au sérieux
son rôle de pasteur. Il prêche, bénit, administre le consolament
(sacrement cathare) aux mourants et reçoit régulièrement des croyants
parmi lesquels Arnaud Sicre, dont la mère est morte sur le bûcher. A ce
dernier il enseigne à sa manière, naïve, populaire mais imaginative, les
croyances de sa religion : " Alors l’ennemi de Dieu, Satan, fit des corps
d’homme dans lesquels il enferma ces esprits.
(...). Ces esprits, quand ils
sortent des tuniques, c’est à dire d’un corps, se sauvent tous nus,
apeurés, et ils courent si vite, que si un esprit était sortit d’un corps
à Valence et devait entrer dans un autre dans le comté de Foix, et qu’il
plût abondamment sur tout le parcours, c’est à peine si trois gouttes de
pluies l’atteindraient. Courant ainsi apeurés, il se pose dans le premier
trou vide qu’il peut trouver, c’est à dire dans le ventre de tout animal
qui porte un embryon encore sans vie : chienne, lapine, jument, ou
n’importe autre animal, ou encore dans le ventre d’une femme, de telle
sorte cependant que si cet esprit a mal agit dans son premier corps, il
s‘incorpore dans le corps d’une bête brute ; si au contraire il n’a pas
fait de mal, il entre dans le corps d’une femme. Ainsi les esprits s’en
vont de tunique en tunique jusqu’à ce qu’ils entrent dans une belle
tunique, c’est à dire dans le corps d’une homme ou d’une femme qui a
l’entendement du bien (c’est à dire cathare), que dans le corps ils
soient sauvés, et qu’après être sortis de cette belle tunique, ils
retournent au Père saint ".
En réalité Arnaud Sicre, si désireux
de " s’ouvrir à l’entendement du bien " n’est là que pour gagner la
confiance de Bélibaste, le faire arrêter, et se faire restituer les biens
confisqués à sa mère par l’inquisiteur qui l’a envoyé.
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Le
dernier parfait occitan
Bélibaste, qui malgré les
entorses à la règle désire rencontrer d’autres parfaits pour se faire
réordonner, se laisse convaincre par Arnaud Sicre de revenir en Languedoc.
Sur le chemin à Tirvia dans le diocèse d’Urgell, en mars ou avril 1321,
Arnaud Sicre le dénonce au bayle du comte de Foix, seigneur du lieu.
Arrêté, conduit à Castelbon, il est emprisonné dans la tour du château
avec -comme cela est de coutume- son dénonciateur. Pendant la nuit
Bélibaste tente vainement de convaincre Arnaud de recevoir le
consolament, et de se suicider ensemble du haut de la tour pour entrer
directement au ciel. Jugé à Carcassonne, Bélibaste est brûlé le 24 août de
la même année dans le château de Villerouge-Termenès, résidence de
l’archevêque de Narbonne son seigneur, qui l’avait déjà condamné pour
meurtre.
Avec Bélibaste disparaît
l’église cathare occitane : après sa mort et jusqu’au milieu du XIVe
siècle, on ne brûle que de simples croyants. Cependant subsiste une église
cathare en Bosnie dont les membres se convertiront à l’Islam à la fin du
XVe siècle. Le dernier parfait occitan s’écarta souvent de la règle de vie
rigoureuse des parfaits. Il mourut cependant avec dignité, sans abjurer sa
foi. Sa mort en martyr milite encore aujourd’hui pour la tolérance
religieuse.
Gauthier LANGLOIS
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Une affaire
judiciaire partiellement résolue... 700 ans après !
Dans une affaire de meurtre on
connaît la victime mais pas toujours le coupable. Ici, c’est le contraire,
le coupable, Bélibaste, était connu. Mais de sa victime, un berger, on ne
savait rien. La solution dormait dans un vieux registre conservé à la
bibliothèque de Narbonne. L’Inventaire des archives de l’archevêché de
Narbonne nous apprend que la victime s’appelait Barthélémy Garnier et
était originaire de Villerouge-Termenès. Il reste à découvrir le mobile du
crime. Risquons une hypothèse : Villerouge était la résidence d’été de
l’archevêque de Narbonne, ses habitants dont Barthélémy Garnier étaient
donc sans doute des catholiques convaincus. C’est sans doute dans les
pâturages d’estive de Cubières où il devait mener des troupeaux de
l’archevêque qu’il rencontra Bélibaste. Menaça-t-il Bélibaste de le
dénoncer comme hérétique ? Si tel est le cas, on peut accorder les
circonstances atténuantes à Bélibaste.
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Pour en savoir plus...
L’essentiel de ce que l’on sait sur
Bélibaste est contenu dans les dépositions d’Arnaud Sicre et de Pierre
Maury recueillies par l’inquisiteur Jacques Fournier, futur pape sous le
nom de Benoît XII. Ces dépositions qui se lisent comme de petits romans
ont été publiées par Jean DUVERNOY : Le registre d'inquisition de
Jacques Fournier (Évêque de Pamiers), 1316-1325. aux éditions Mouton,
Paris, 1978. Les origines de Bélibaste et le meurtre commis par lui ont
été éclairés par un article de G. LANGLOIS : " Note sur quelques documents
inédits concernant le parfait Guilhem Bélibaste et sa famille ", dans la
revue Heresis publiée par le Centre d’Études Cathares, n° 25, 1995.
Le seul ouvrage consacré exclusivement à Bélibaste est en italien : Lidia
FLÖSS : Il caso Belibaste, Milano : Luni Editrice, 1997. Enfin,
Henri GOUGAUD lui a consacré un roman : Bélibaste, publié aux
éditions du Seuil en 1982. Tous ces ouvrages peuvent être consultés et
pour certains commandés au Centre d’Études Cathares à Carcassonne. (Tél.
04 68 47 24 66). Le château des archevêques de Narbonne à
Villerouge-Termenès (Aude), abrite une très belle exposition permanente
sur Bélibaste et son temps. (Tél. 04 68 70 09 11). |
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egalement le Roman de
Giovanni BRAIDA "Guillaume Bélibaste, l'ultimo perfetto" ed Mauro Baroni/Mediterranen |
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généalogie de
la famille BELIBASTE |
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Les
actes ont été transcrits tels quels, en respectant l’orthographe et la
ponctuation d’Antoine Rocque. |
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Les trois actes découverts sont donc précieux. Ces
trois actes ne sont connus qu’à travers des analyses, rédigées vers 1640
par le notaire Antoine Rocque dans son Inventaire des archives de
l’archevêché de Narbonne
A défaut des actes originaux disparus à la Révolution,
cet inventaire dont l’intérêt avait déjà été signalé par J. Tissier nous
livre l’analyse de plusieurs milliers d’actes et registres. Les pièces
décrites dans cet inventaire avaient été conservées et analysées pour
servir à prouver les droits temporels ou spirituels de l’archevêque de
Narbonne. Aussi les mentions d’hérésie y sont rares et le plus souvent
marginales dans le contenu des actes. |
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B.
Inventaire des archives de l’archevêché de Narbonne, tome 3,
Inventaire des actes de Cubiere, f° 211 v°. |
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« Item un acte de l’an 1260 par lequel Pierre Marie de
Cubiere, et Raymond son frere vendent à Jacquez Fabré, une maison au lieu
de Cubiere et la fabrique, et lauzet (1) du dict lieu confrontant la dicte
maison Raymond Belibaste, de midy Guilhaume del Bouyx, de cers la riviere,
d’aquilon le chemin public, pour le prix de trente souls malgourois,
desquels feust payé le foriscape au dict sieur archevesque, duquel la
dicte maison relevoit, soubz l’usaige annuel de deux deniers malgourois.
Cotté n° 3 ».
(1) D'après
Alibert, Dictionnaire occitan-français, « lauseta » signifie en
occitan terrain pierreux, (de lausa: dalle). Le mot lauzet désigne
peut-être ici une cour pavée. |
le premier acte nous
apprend qu’un certain Raimond Bélibaste avait une maison dans le village
de Cubières en 1260. Ce Raimond est peut-être le grand père de Guilhem
Bélibaste. Quoi qu’il en soit la famille Bélibaste apparaît établie à
Cubières depuis au moins le milieu du XIIIe siècle.
On savait par la déposition de Pierre
Maury que Guilhem Bélibaste avait fuit Cubières entre Pâques 1305 et le 24
juin 1306 après avoir tué un berger au cours d’une rixe. Le second acte
confirme l’existence de ce meurtre et la date (avant fin 1307). Cet acte
précise qu’une procédure judiciaire avait été lancée par l’archevêque de
Narbonne, (sans doute par son bayle de Villerouge), procédure qui permet
de mieux expliquer la fuite de Bélibaste. Il précise aussi que les biens
de Bélibaste avaient été confisqués au profit de l’archevêque, suite à la
condamnation pour meurtre. Quels étaient ces biens? Sa part de l’héritage
de ses parents? Cela suppose alors que Guilhem senior ou sa femme était
décédé avant fin 1207, soit peu avant ou peu après la fuite de leur fils.
Quoi qu’il en soit, suite à cette confiscation, le fils et la femme que
Guilhem junior laissa à Cubières restèrent sans doute fort démunis au
point de vue matériel. Ce qui permettrait d’expliquer leur décès avant
1311, à moins que la justice y soit pour quelque chose. |
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B.
Inventaire des archives de l’archevêché de Narbonne, tome 3,
Inventaire des actes de Villerouge, f° 156 v°. |
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« Item un acte de l’an 1307, duquel resulte comme les biens d’un
nomme Guilhaume Bedibaste de Cubiere, feurent confisques au sieur
archevesque de Narbonne, a cause du meurtre par luy commis en la personne
de Barthelemy Garnier de Villerouge. Cotté n° 15. » |
Ce 2ème
acte nous éclaire enfin sur les raisons du choix de
Villerouge-Termenès comme lieu d’exécution de Guilhem en 1321. Bélibaste
avait été remis au bras séculier, en l’occurrence l’archevêque de Narbonne
seigneur de Cubières et Villerouge-Termenès. On avançait que Villerouge
avait du être choisi car il s’agissait de faire un exemple sur des terres,
le Termenès, encore imprégnées par l’hérésie, car Villerouge était le
siège de la baylie de l’archevêque dont dépendait Cubières, et que
l’archevêque qui assistait probablement à l’exécution y avait une
résidence. Deux raisons supplémentaires expliquant ce choix peuvent-être
avancées. C’est probablement le tribunal seigneurial de l’archevêque à
Villerouge qui avait condamné pénalement Bélibaste pour meurtre. Il
fallait montrer la puissance de la justice seigneuriale de l’archevêque
qui ne laissait pas ce crime impuni. L’acte nous apprend aussi que le
berger victime de Bélibaste s’appelait Barthélémy Garnier et était
originaire de Villerouge. L’exécution rendait donc justice à un habitant
de Villerouge. |
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B.
Inventaire des archives de l’archevêché de Narbonne, tome 3,
Inventaire des actes de Cubiere, f° 215 v°-216. |
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« Item un acte de l’an 1312 contenant bailh à nouveau fief faict par le
dict archevesque de Narbonne a Pierre Laverche de Cubiere, d’un casal a
luy adveneu d’un nommé Arnaud Belibaste, comdampné à mort pour crime d’heresie,
assis dans le lieu de Cubiere, confrontant de deux parts avec le chemin,
soubz l’usaige annuel de deux deniers tournois. Cotté n° 31. » |
Le 3ème acte concerne Arnaud, un des frères de Guilhem. On savait
peu de chose sur Arnaud qui n’apparaît que deux fois dans le registre de
Jacques Fournier. Pierre Maury qui est le seul à en parler semble l’avoir
peu connu, et n’est pas tout à fait sûr qu’Arnaud était hérétique (à moins
qu’il ne mente par omission mais c’est peu probable, cela supposerai que
Pierre Maury ne soit pas au courant de la condamnation d’Arnaud et tente
de le protéger). L’acte précise qu’Arnaud a été condamné à mort pour
hérésie et ses biens, un casal, confisqués au profit de l’archevêque de
Narbonne avant fin 1312. Arnaud était donc bien cathare. |
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Les condamnations à mort pour
hérésie étant relativement rares, trois hypothèses pourraient expliquer sa
condamnation. Soit Arnaud était un relaps, c’est à dire qu’il avait abjuré
l’hérésie puis avait été convaincu d’y être revenu; soit il était parfait;
soit encore il avait refusé d’abjurer sa foi. Quelque soit l’hypothèse,
cette condamnation montre que c’était un cathare convaincu. Cette
condamnation a-t-elle été appliquée ? L’hypothèse qu’il ait été condamné
par contumace alors qu’il était en fuite est peu probable, car il aurait
alors rencontré d’autres cathares et aurait été signalé par certains dans
leurs dépositions devant l’Inquisition.
(Article publié dans la
revue Heresis, n° 25, décembre 1995, pp. 130-134.) |
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